Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for the ‘Paul ELUARD’ Category

Dans le lit plein ton corps se simplifie
Sexe liquide univers de liqueur
Liant des flots qui sont autant de corps
Entiers complets de la nuque aux talons
Grappe sans peau grappe-mère en travail
Grappe servile et luisante de sang
Entre les seins les cuisses et les fesses
Régentant l’ombre et creusant la chaleur
Lèvre étendue à l’horizon du lit
Sans une éponge pour happer la nuit
Et sans sommeil pour imiter la mort.

Frapper la femme monstre de sagesse
Captiver l’homme à force de patience
Doucer la femme pour éteindre l’homme
Tout contrefaire afin de tout réduire
Autant rêver d’être seul et aveugle.

Je n’ai de cœur qu’en mon front douloureux.

L’après-midi nous attendions l’orage
Il éclatait lorsque la nuit tombait
Et les abeilles saccageaient la ruche
Puis de nos mains tremblantes maladroites
Nous allumions par habitude un feu
La nuit tournait autour de sa prunelle
Et nous disions je t’aime pour y voir.

Le temps comblé la langue au tiers parfum
Se retenait au bord de chaque bouche
Comme un mourant au bord de son salut
Jouer jouir n’était plus enlacés
Du sol montait un corps bien terre à terre
L’ordre gagnait et le désir pesait
Branche maîtresse n’aimait plus le vent

Par la faute d’un corps sourd
Par la faute d’un corps mort
D’un corps injuste et dément.

Paul Eluard (1895-1952)

Publicités

Read Full Post »

Coucher avec elle
Pour le sommeil côte à côte
Pour les rêves parallèles

Coucher avec elle
Pour l’amour absolu
Pour le vice pour le vice
Pour les baisers de toute espèce

Coucher avec elle
Pour un naufrage ineffable
Pour se prostituer l’un à l’autre
Pour se confondre

Coucher avec elle
Pour se prouver et prouver vraiment
Que jamais n’a pesé sur l’âme
Et le corps des amants
Le mensonge d’une tache originelle

 

Paul Eluard (1895-1952)

Read Full Post »

 Toute tiède encore du linge annulé
Tu fermes les yeux et tu bouges
Comme bouge un chant qui naît
Vaguement mais de partout

Odorante et savoureuse
Tu dépasse sans te perdre
Les frontières de ton corps
Tu as enjambé le temps
Te voici femme nouvelle
Révélée à l’infini.

 

Paul Eluard (1895-1952)

Read Full Post »

 … L’amour a toujours le temps. Il a devant lui le front d’où semble venir la pensée, les yeux qu’il s’agira tout à l’heure de distraire de leur regard, la gorge dans laquelle se cailleront les sons, il a les seins et le fond de la bouche. Il a devant lui les plis inguinaux, les jambes qui couraient, la vapeur qui descend de leurs voiles, il a le plaisir de la neige qui tombe devant la fenêtre. La langue dessine les lèvres, joint les yeux, dresse les seins, creuse les aisselles, ouvre la fenêtre; la bouche attire la chair de toutes ses forces, elle sombre dans un baiser errant, elle remplace la bouche quelle a prise, c’est le mélange du jour et de la nuit. Les bras et les cuisses de l’homme sont liés aux bras et aux cuisses de la femme, le vent se mêle à la fumée, les mains prennent l’ensemble des désirs…


Paul Eluard (1895-1952) et André Breton (1896-1966)

Read Full Post »