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Elle tourne, elle est nue, elle est grave; ses flancs
Ondulent d’ombre bleue et de sueur farouche.
Dans les cheveux mouillés s’ouvre rouge la bouche
Et le regard se meurt entre les cils tremblants.

Ses doigts caressent vers des lèvres ignorées
La peau douce, la chaleur molle de ses seins.
Ses coudes étendus comme sur des coussins
Ouvrent le baiser creux des aisselles dorées.

Mais la taille, ployée à la renverse, tend
Le pur ventre, gonflé d’un souffle intermittent,
Et sous l’arachnéen tissu noir de sa robe
 

Ses bras tendres, avec des gestes assoupis,
Ses pieds froids sur les arabesques des tapis,
Cherchent l’imaginaire amant qui se dérobe …

Pierre Louÿs (1870-1925)

Des rires frénétiques, des cris de volupté, des râles extatiques, 
de longs soupirs mourants, des sanglots et des pleurs :
idolo del mio cuor, anima mia, mon ange, ma vie,
et tous les mots de ce langage étrange que l’amour délirant invente 
en ses fureurs, voilà ce qu’on entend.
l’alcôve est au pillage, le lit tremble et se plaint, le plaisir devient rage ;
ce ne sont que baisers et mouvements lascifs ; 
les bras autour des corps se crispent et se tordent, l’oeil s’allume,
 les dents s’entrechoquent et mordent, les seins bondissent convulsifs.

Théophile Gautier (1811-1872)

Georges Sand – Lettre

… Je me suis souvent assise seule à l’écart avec une âme pleine d’amour et les genoux tremblants de volupté… Je fais encore dix lieues à pied, et en me jetant le soir dans un lit d’auberge, je songe encore que le sein d’un homme adoré est le seul oreiller qui reposerait à la fois l’âme et le corps…

C’est de vous que je rêve quand je m’éveille trempée de sueur, vous que j’appelle quand la nature sublime chante des hymnes passionnés, et que l’air des montagnes entre dans mes pores par mille aiguillons de désir et d’enthousiasme.

Georges Sand (1804-1876) 

Je suis très émue de vous dire que j’ai
bien compris l’autre soir que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
là une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à vous montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir aussi
vous dévoiler sans artifice mon âme
toute nue, venez me faire une visite.
Nous causerons en amis, franchement.
Je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l’affection
la plus profonde comme la plus étroite
amitié, en un mot la meilleure preuve
que vous puissiez rêver, puisque votre
âme est libre. Pensez que la solitude où j’ha-
bite est bien longue, bien dure et souvent
difficile. Ainsi en y songeant j’ai l’âme
grosse. Accourez donc vite et venez me la
faire oublier par l’amour où je veux me
mettre.

Georges Sand (1804-1876) 

Ton con suave, ton con rose, 

Sous une forêt de poils blonds,

Doux, frisés, parfumés et long,

A l’air d’une lèvre mi-close,

 

Lèvre excitant les appétits

De ma lèvre très curieuse,

D’où tant de baisers sont partis …

 

Car ma chère, les imbéciles

Auront beau dire ; quand on a,

Sur la fille qu’on enconna,

Fait sonner ses couilles dociles,

 

A moins d’être bourgeois épais

Dont la nuque indécente arbore

Un de ces fameux toupets 

 

Aux crins roses comme l’Aurore

Il faut quand le champ se va clore,

Déposer le baiser de la paix.

 

 

Albert Glatiny (1839-1873)

Dieu fit le con, ogive énorme,

            Pour les chrétiens,

Et le cul, plein-cintre difforme,

            Pour les païens

Pour les sétons et les cautères

            Il fit le poix,

Et pour les pines solitaires

            Il fit les doigts.

 

Nombril, je t’aime, astre du ventre,

Œil blanc dans le marbre sculpté,

Et que l’amour a mis au centre

Du sanctuaire où seul il entre,

Comme un cachet de volupté.

 

Que les chiens sont heureux !

Dans leur humeur badine

Ils se sucent la pine,

Ils s’enculent entre eux !

Que les chiens sont heureux !


 

Théophile Gautier (1811-1872) 

Dans le lit plein ton corps se simplifie
Sexe liquide univers de liqueur
Liant des flots qui sont autant de corps
Entiers complets de la nuque aux talons
Grappe sans peau grappe-mère en travail
Grappe servile et luisante de sang
Entre les seins les cuisses et les fesses
Régentant l’ombre et creusant la chaleur
Lèvre étendue à l’horizon du lit
Sans une éponge pour happer la nuit
Et sans sommeil pour imiter la mort.

Frapper la femme monstre de sagesse
Captiver l’homme à force de patience
Doucer la femme pour éteindre l’homme
Tout contrefaire afin de tout réduire
Autant rêver d’être seul et aveugle.

Je n’ai de cœur qu’en mon front douloureux.

L’après-midi nous attendions l’orage
Il éclatait lorsque la nuit tombait
Et les abeilles saccageaient la ruche
Puis de nos mains tremblantes maladroites
Nous allumions par habitude un feu
La nuit tournait autour de sa prunelle
Et nous disions je t’aime pour y voir.

Le temps comblé la langue au tiers parfum
Se retenait au bord de chaque bouche
Comme un mourant au bord de son salut
Jouer jouir n’était plus enlacés
Du sol montait un corps bien terre à terre
L’ordre gagnait et le désir pesait
Branche maîtresse n’aimait plus le vent

Par la faute d’un corps sourd
Par la faute d’un corps mort
D’un corps injuste et dément.

Paul Eluard (1895-1952)